S’il fallait retenir un mot pour caractériser Thibaud Laroche ce serait l’authenticité. A 27 ans, ce grand jeune homme simple et direct vient de lancer un club qui parle de son histoire pour inspirer et transformer le monde actuel en remettant au goût du jour une forme d’armée bien particulière. Lui qui n’a pas connu le service militaire obligatoire propose une alternative bien plus efficace et juste.

Dans son regard pétillant je devine des prises de conscience multiples et des questions sur le sens de l’existence à n’en plus finir. Une chose est sûre : nous avons la responsabilité de travailler à notre bonheur pour rayonner autour de nous. Il me fait part de ses avancées avec cette intelligence du cœur propre à ceux qui ont découvert leur mission de vie. Thibaud est à la fois extrêmement mûr pour son âge, et conscient du chemin qui lui reste à parcourir pour être toujours plus cohérent. Il a développé une écoute tout en finesse en alliant le charme de l’enfance à la force du sage. On pourrait se dire qu’il est bien prétentieux de vouloir aider les hommes à découvrir leur véritable puissance, et pourtant ? Corneille nous disait déjà : « la valeur n’attend pas le nombre des années. ». Peu importe l’âge après tout, quand on répond à un appel fort qui vient du cœur, le chemin s’ouvre et, en ces temps troublés où l’incertitude, la peur et le découragement sont souvent au rendez-vous, Thibaud affiche un optimisme pragmatique qui fait du bien.

Bonjour Thibaud, je suis ravie de t’interviewer ce matin. Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Avec plaisir. Voila 2 ans que je suis entrepreneur dans le domaine du développement personnel et je viens de lancer un club pour hommes dans l’idée de créer une armée d’hommes bienveillants et forts : Le Gentleman Warrior Club.

C’est original et pourquoi un club réservé aux hommes ?

Je me suis aperçu que dans les stages de développement personnel il y avait 95% de femmes et que réserver des lieux et des temps pour les hommes permet de vivre dans un cadre où l’on peut partager et évoluer entre nous. En me documentant j’ai également pris conscience que la plupart des hommes pouvaient communiquer de manière violente parce qu’ils ne savaient pas exprimer leurs ressentis, leurs émotions ou leurs besoins. Depuis des milliers d’années l’homme est conditionné pour se couper de ses émotions, on lui dit d’être fort, ne pas pleurer. Je souhaite que les hommes lâchent prise et retrouvent leur puissance, un équilibre entre force et vulnérabilité assumées.

Combat-thibaud-larocheJe suis un fan d’art martial et je pratique très régulièrement. J’ai donc élaboré tout un programme pour apprendre des outils de communication et passer des niveaux. Le club est un espace d’apprentissage et d’entrainement où l’on valide avec ses pairs que l’on a compris et que l’on pratique dans le quotidien, au boulot, dans nos relations de couple, de famille… Bref dans la société. Je souhaite que ces hommes soient non pas en position haute, pour dominer ayant appris de nouvelles techniques mais au service d’une société plus bienveillante.

Quand as-tu fait cette prise de conscience ?

Très jeune j’ai vu mon père se couper de ses émotions principalement à cause du stress qu’il vivait au travail. Il était difficile pour lui d’exprimer la peur, la frustration ou le doute. Alors il y avait deux scénarios. Soit de la colère avec des conflits, des larmes parfois pour nous, soit de l’isolement, mon père boudait entre guillemets et il ne disait plus rien. Moi je savais et je comprenais qu’il souffrait, je voulais l’aider mais je n’y arrivais pas. Ma mère était très emphatique, c’est sans doute un trait de caractère plus féminin. Du coup j’ai développé une forme d’observation très forte, pour détecter les émotions des uns et des autres.

Paradoxalement quand il a connu moins de stress en montant sa propre boite, il a pu lâcher prise et se sentir mieux, sans doute parce que cette forme d’autonomie lui permettait d’être plus libre qu’un job salarié. Aujourd’hui il a bien changé. De mon côté à 18 ans j’ai commencé à me former à la CNV (Communication Non Violente), je me suis fait coacher, j’ai fait de nombreux stages de développement personnel tout en étudiant en école de commerce. Puis je me suis lancé dans un boulot de manager qui ne me convenait pas… J’ai failli faire un burnout. Plus rien n’avait de sens alors que j’avais un trésor à partager mais je ne savais pas comment faire. Et puis à 25 ans je me suis lancé dans l’accompagnement et la gestion de conflits, peu à peu mon projet a mûri et voit le jour aujourd’hui. C’est un grand pas. Je suis très fier de moi.

Tu me dis qu’accepter et comprendre ce qui se passe en toi est crucial, mais concrètement on fait comment ?

mal-aimé-apollinaireLa première chose et d’apprendre à écouter ses ressentis. Ca se fait petit à petit. Je vais te donner deux exemples.

Dans le métro, quand on est trop serrés contre les gens, ça peut faire monter la colère. Pourquoi ? Parce que notre besoin d’espace vital n’est pas satisfait. Si je le comprends, je sais que je peux par exemple nourrir ce besoin après en sortant du métro et retrouver mon espace vital.

Une autre fois je roulais en scooter. A un passage piéton, je vois un homme qui me regarde avec colère, en passant le type m’insulte. Je m’arrête, et il vient vers moi agressif et je lui dis : « T’as passé une mauvaise journée ? »  Il n’y avait objectivement aucune raison qu’il s’en prenne à moi… Je suis rentré dans son monde et en l’exprimant pour lui simplement, et il est reparti calme et souriant…

Pourquoi ce mélange entre le Warrior et le Gentleman ?

Parce que les deux font partie de ce qui constitue le masculin de mon point de vue. C’est un équilibre à trouver entre virilité et vulnérabilité, en les découvrant et en les assumant peu à peu tout s’unifie et s’apaise. C’est comme si je pouvais enfin recomposer le puzzle. En tant qu’homme la société m’impose des codes ou des attitudes à tenir qui ne sont pas forcément bonnes pour moi.

Les arts martiaux m’ont permis de décharger mon agressivité, de me confronter à moi même et aux autres. Pour un homme le sport c’est sortir le trop plein d’énergie, les frustrations, le besoin de se dépenser physiquement…

Un jour je suis arrivée à un cours de CNV (Communication Non Violente) avec une arcade éclatée. Les réactions ont été marrantes. Si je sais me battre, je sais protéger, si je sais communiquer, je sais aimer.

L’homme puissant n’est pas ce que l’on croit. Je peux me penser vulnérable quand je mets un genou à terre mais je deviens fort quand je me relève. Si je me mets à pleurer, je suis encore plus en cohérence avec qui je suis. Ca permet de libérer de la tristesse ou de transformer quelque chose qui remonte, peu importe ce qui vient. L’essentiel est de s’autoriser à laisser aller. Je me souviens d’un ami qui m’a dit récemment : « J’ai pleuré, ça faisait des années que je n’y arrivais pas. Je me suis senti tellement mieux après. Tout a changé. »

Concrètement ça va se passer comment ?

Le Gentleman Warrior Club c’est 2 rendez-vous par mois en matinée, 2 séances d’entrainement tôt le matin avant le boulot. Chaque groupe comprendra entre 20 et 30 personnes. J’ai crée un système en 8 grandes épreuves comme les ceintures d’un sport de combat.

ORIGINAL SUR FOND BLANCC’est comme un club physique où on se retrouve ensemble, et où on passe des grades. Il n’y a pas d’exercices prédéfinis pour les passer mais tu dois prouver à tes membres comment tu l’as passé, c’est à dire avoir intégré un niveau supérieur de compréhension de toi et des autres. La 1ère épreuve du club c’est de savoir écouter : Se taire et savoir écouter. Pour sortir d’un conflit, écouter sans poser de questions est le début. Ecouter et me taire avec bienveillance. Si on me demande de proposer une solution je peux la donner mais pas avant. C’est fou comme cette attitude m’a aidé à mieux comprendre et à mieux aimer ma compagne.

Le job du Gentleman Warrior est d’avoir un mindset fort et déterminé, c’est la posture intérieure et d’être emphatique, à l’écoute, poser les bonnes questions, recevoir et donner avec douceur, c’est la posture extérieure. La communication je la vois comme un combat, où l’on apprend à « danser » avec l’autre. C’est un équilibre, où il est bon d’être stable sur ses appuis pour pouvoir riposter dans la bienveillance.

Il y aura donc plusieurs cellules indépendantes en France, plus des séminaires, des évènements, et enfin une fois par an Le Gentleman Warrior Family pour réunir tout le monde. J’envisage peut être aussi des formules pour les enfants.

On retrouvera toujours les valeurs communes qui sont :

– Efficacité

– Simplicité

– Bienveillance

Pour parler des plus jeunes, depuis les attentats, ils sont inquiets. Dans la cour de récré, j’entends dire qu’il y a plus de violence qu’avant et que certains sont victimes de harcèlement. Je sais que tu as subi aussi cela pendant une année au lycée… Comment aider ?

Oui le harcèlement est un sujet qu’il faut aborder à l’école comme en entreprise ou dans le couple… les adultes sont touchés aussi violemment que les enfants ! Je ne pense pas par contre que la violence ou le harcèlement n’aient un rapport avec les malheureux événements récents ! Le risque chez les jeunes (parce que personne ne les éduque à ça) est qu’ils n’ont pas toujours conscience de leurs vraies émotions et du besoin insatisfait caché derrière ! Je pense qu’à cet âge là, comme à tout âge d’ailleurs, l’humain a besoin de s’exprimer et de se sentir important ! Le conflit ou la violence se trouve dans les stratégies utilisées pour nourrir un besoin d’exister, d’être vu, entendu, reconnu…

Alors oui lorsqu’on est jeune ou plus vieux et que l’on ne se sent pas important, on harcèle, on pousse l’autre à bout, on critique, on juge on cri et on a l’illusion que ça nourrit notre besoin, ce qui est faux !La meilleure manière de sortir du harcèlement est d’accueillir l’autre avec bienveillance en se mettant vraiment dans ses baskets pour comprendre ce dont il a besoin ! Bien évidemment, le « bully » n’est pas toujours disposé à l’ouverture, dans ce cas on peut se former à un sport de self défense c’est une technique aussi très rédhibitoire (rire)

Est-ce que tu envisages des ateliers pour enfants et jeunes ados ? Comment penses-tu pouvoir les aider ?

Oui je pourrais organiser des mini conférences ateliers pour les jeunes dans les écoles dans le but de les éduquer à la communication bienveillante pour qu’ils puissent être capables de gérer les conflits seuls ! Le fait de ne pas encore avoir la trentaine me permet d’être proche des jeunes en âge et de pouvoir inspirer plus facilement !

Qu’est ce qui te plait le plus dans le métier que tu inventes pour toi et pour aider les autres ?

code-moral-gentleman-warriorDe pouvoir créer et d’inspirer. Je m’éclate vraiment quand je fais une conférence ou un séminaire parce qu’à ce moment là je transmets le meilleur de moi même. Ce qui me plait c’est le dépassement et mon besoin de me réaliser pour contribuer à un monde meilleur. C’est très inconfortable et indispensable de se frotter à ses plus grandes peurs. Je rentre dans un monde plus complexe qui me challenge. Je me force à me mettre dans des situations inconfortables pour traverser et aider les autres aussi. Pousser mes limites, me découvrir plus… Inspirer les autres à ça. Je veux toujours aller plus loin et aider les autres à le faire.

Quand on a mis le pied dans l’entreprenariat, plus rien n’est équivalent à ça. Ca transforme une vie à tout jamais. J’apprends continuellement et c’est puissant. L’idée d’exemplarité est importante et je peux me montrer fort et vulnérable car c’est ce que je veux faire passer. Je peux me permettre d’être simple, en partageant mes peurs et mes doutes.

En fait tu te poses la question du sens que l’on donne à son travail et à sa vie avant la crise de la quarantaine… tu coup tu anticipes, c’est top… Dans 15 ans tu te vois comment ?

A quarante ans, je me vois le leader d’une armée d’hommes bienveillants. Mon rêve a toujours été d’être leader, de le devenir, avoir des milliers de membres en France et aussi dans le monde entier. Dans 15 ans l’impact sur la société sera notable. Grâce à un certain niveau de notoriété je pourrais inspirer au plus grand nombre.

Oui j’ai vu que tu avais parlé du club à des stars aux US et que certaines soutiennent ton projet. Tu as interviewé 50 Cent… Wahou  ! A quand une superstar française ?

50 CENT & ThibaudAhhh je ne sais pas… Les relations publiques sont importantes dans mon métier pour trouver des personnes influentes qui soutiennent le club. Ce qui est sûr c’est que je ne suis pas là pour transformer la vie des gens… Chacun a la capacité de se prendre en main et avancer.

En essayant d’être exemplaire pour les gens, je suis allé moi aussi me faire accompagner pour avancer sur mes propres limitations. Je fais attention au terme de coach qui peut s’utiliser pour tout et n’importe quoi aujourd’hui. Je souhaite que nous construisions ensemble un monde plus bienveillant. Ce club ne parlera pas à tous les hommes. Je vais toucher des gens qui me ressemblent et qui ont besoin d’apprendre à se dépasser tous les jours pour devenir une meilleure personne. Je vois des familles plus belles et équilibrées. Nous allons réussir à créer un monde plus joyeux, avec plus de paix et de joie.

La gratitude, c’est important pour toi ?

Oui bien sûr. C’est la manière de remercier pour là où on est et en même temps pour aller plus loin. Voir les choses pour lesquelles je suis reconnaissant est primordial : une compagne, une bonne santé, un business…Plus on fait le point sur tout ce qui enrichit ma vie, plus on avance… Il y a une petite phrase que j’aime beaucoup c’est : « est-ce que je suis dans ma tête ou dans mon cœur ? » Quand je suis dans mon cœur et dans mes tripes, c’est plus calme, plus apaisé c’est une forme profonde de gratitude.

Je dirai pour finir que L’homme qui guérit son cœur guérit le monde.

Longue vie au Gentleman Warrior Club : une armée bienveillante avec de belles valeurs comme armes !