Alors que je demandais son point de vue à Jean Christian, il me prend au mot et me fait le cadeau d’un bel article ! Gratitude !
Lorsque Claire m’a demandé d’écrire un article sur ce thème, j’ai souri. En effet, si je veux sortir d’une vision binaire, c’est que je crois qu’il existe deux états : dans le premier je crois à la vision binaire, et dans le second ce n’est pas le cas. Et ce prédicat, n’est-il pas binaire lui aussi ? Eh, je tourne en rond !

Qu’est-ce qu’une vision binaire ?

Voir le monde de manière positive ou négative ? C’est noir ou blanc ? L’homme en face de moi est-il gentil ou méchant ? Mon fils est-il turbulent ou non ? Dans la vie ce n’est pas tout noir ou tout blanc, est-ce gris clair ou gris foncé ? A vous de compléter cette liste avec vos propres expressions.
Quel est le point commun entre toutes ces phrases ? C’est ce que l’on voit, ou ce que l’on ressent. On voit le monde noir ou blanc, ou bien gris clair ou gris foncé, on ressent la gentillesse ou la méchanceté de cet homme dans le métro… Ce sont des croyances. Positives, négatives, qui va s’en préoccuper ? L’important c’est que vous y croyez. C’est ainsi que vous percevez le monde autour de vous. C’est votre propre représentation de la vie.

Stabilité dans l’instabilité

Mettez-vous debout. Restez immobile. Vous croyez que vous ne bougez pas, que vous ne faites rien ? La station debout sur deux appuis est déséquilibrée, physiquement parlant. Pour rester debout, nous contractons et relâchons de manière imperceptible un nombre impressionnant de muscles allant de la plante des pieds à la nuque. Et pour ce faire, nous recevons en permanence des influx nerveux qui nous disent quels muscles doivent être contractés et lesquels doivent être relâchés.
En avez-vous conscience ? Peut-être de manière très parcellaire quand vous apprenez à marcher (ou à courir, à skier, à patiner…), ou bien pas du tout. Le corps fonctionne tout seul, sans porter toutes ces considérations à votre conscience.

Notre corps travaille pour nous

De même, qu’est-ce qui vous pousse à dire que cette femme vous plaît ? Le fait qu’elle baisse légèrement le volume de sa voix pour ne s’adresser qu’à vous, son timbre un peu plus chaud ? Ses pupilles qui se dilatent légèrement ? Le mouvement de son bras ? Cette main restée un peu plus longtemps dans votre direction ? La température de son corps qui vient d’augmenter de 2 ou 3 dixièmes de degrés ? Non, vous ne prêtez pas attention à chacun de ces détails. Du moins, vous ne le faites pas de manière consciente. C’est votre corps qui s’en charge, et qui vous renvoie la conclusion « cette femme est attirée par moi ».
Vous souvenez-vous de la couleur de la dernière voiture qui vient de vous doubler ? Non ? Pourtant, vous l’avez regardée puisque vous avez voulu l’éviter. On ne prête pas attention à l’ensemble des détails qui nous entoure. On n’en remarque qu’une partie. Une infime partie.

Notre cerveau fait le tri

Nous captons environ une centaine d’informations par seconde qui nous sont envoyées par notre environnement. Nous ne sommes conscients que de seulement une dizaine maximum par seconde. Pensez-vous que le monde se limite à ces 10 informations dont vous avez conscience ? Ou aux 100 que vous captez sans vous en rendre compte ? Le monde est infiniment plus complexe. Nous n’en voyons qu’une infime partie.
Il y a une différence entre « les informations que m’envoie mon environnement » et « les informations que je capte de mon environnement ». Quelle est-elle ? C’est la perception que j’ai de ces informations. La manière dont je les reçois. Et lesquelles je reçois.

Amoureux, tout est différent

Lorsque vous êtes amoureux et que vous vous baladez avec la personne aimée à votre bras, allez-vous vous rappeler de ce qu’elle porte comme habits, du ton de sa voix, des paroles prononcées ? Ou bien de la couleur des voitures qui passent à côté de vous sur la route, ou bien du nombre de passants qui ont croisé votre route ? Pourtant, vous n’étiez pas seuls sur ce trottoir. Votre cerveau a trié les informations reçues selon un filtre bien particulier, celui de l’amour envers la personne à vos côtés. Si on vous avait demandé de témoigner à propos de l’accident de la route qui vient de se produire à côté de vous, qu’auriez-vous décrit ? Pas grand-chose. Et pourtant vous étiez là.

Prenons conscience de nos filtres

La vie n’est pas réduite à ce que nous voyons (ou entendons, ou ressentons). Elle n’est pas réduite à ce que nous croyons voir. Nous n’en captons qu’un infime partie, et je rajoute même « cette infime partie que nous comprenons, c’est-à-dire qui nous ressemble ». Votre éducation et votre mode de vie fera une différence quand vous croiserez une personne mate de peau. Représentera-t-elle une peur de l’inconnu, une répulsion (même légère), une forme de racisme ? Ou bien verrez-vous son sourire, ses yeux pétillants, ses formes agréables ? Il n’y a pas de « bonne » ou « mauvaise » vision (on parlera de morale une autre fois). Juste la vôtre. Dont le filtre dépend de votre vécu.

La polarité, c’est à dire ?

Finalement, c’est une représentation que je me fais du monde extérieur. Or, nous venons de démontrer que cette vision est tellement réduite qu’on peut presque dire qu’elle est erronée tant elle est parcellaire. Alors, cet homme dans le métro est-il bon ou vilain ?

J’interprète toujours le réel

Mon enfant est-il turbulent ? Quand je suis moi-même plein de vie, je vais voir qu’il court, saute, rit. Il exprime sa joie de vivre, son plaisir à découvrir le monde. Il est heureux. Et quand je suis épuisé ? Tout ce qui va plus vite que moi va « trop vite ». Que vais-je voir ? Un enfant heureux ? Ou bien un gosse qui court « trop vite », qui parle « trop fort », qui bouge « trop » ? Et pourtant, son comportement n’a pas changé depuis la veille. C’est moi qui ai changé, c’est ma vision du monde qui diffère.

Comment voyez-vous votre monde ?