Il serait facile de voir la société uniquement comme égoïste et violente. Les enfants et les vieillards semblent épargnés car ils sont chez eux dans l’instant présent. Les enfants sont dans la découverte incessante de la vie toujours neuve et merveilleuse. Les anciens dans une forme de sagesse ayant goûté au tragique de l’existence.

Je revois mon fils d’un an et demi jouant avec son ombre sur un petit sentier, surpris de ne pas réussir à l’attraper sans bien comprendre que c’était lui. Je l’entends encore éclater de rire et recommencer encore et encore…

Je me souviens de ma grand-mère centenaire qui accueillait chacun avec amour et tendresse, heureuse d’écouter, de partager. Sa joie simple et sa présence suffisait à me redonner confiance quand je doutais de la vie. Elle était pour moi un exemple ayant traversé de nombreux drames.

S’émerveiller, c’est vivre en funambule

S’émerveiller c’est vivre en funambule, c’est choisir de marcher sur le fil du rasoir sachant pertinemment la laideur, la noirceur, la douleur du monde, aussi bien que la beauté fragile et l’amour qui se renouvelle dans un léger murmure. Etty Hillesum au coeur de l’horreur nazi dit avec force : « la vie est belle et pleine de sens. » Elle ne se contente pas de survivre se sachant condamnée, elle choisit d’ajouter de la vie à la vie en réveillant l’humanité qui s’éteint dans ceux qui lui sont proches.

abriter-richesses-etty-hillesumElle goûte intensément le mystère du Vivant qui se donne seconde après seconde. Elle écrit dans son petit cahier : « Combien chaque jour apporte de richesses nouvelles ! Merci de m’avoir donné assez d’espace intérieur pour les abriter toutes. »

Et si l’exceptionnel était dans l’ordinaire ? Le rayon de soleil à travers les rideaux, mes doigts agiles qui tapent sur le clavier de mon ordinateur, les enfants qui rentrent de l’école énervés, les regards complices des couples fatigués par une longue journée de travail. Nos gestes anodins portent le monde dans l’existence et dans l’amour.

 

 

Retour à l’émerveillement

Bertrand Vergely dans « Retour à l’émerveillement » nous expose avec brio combien est grande la tentation de dire « Le monde n’est pas idéal donc il n’a aucun sens. » Nous souffrons parce qu’il y a en nous cette part de l’enfant qui n’a pas grandi et qui choisit la politique du pire. La transition se fait par la traversée du désert… en passant de l’état d’enfance à l’état d’adulte qui renonce à l’idéalisme.

reel-courage-gratitudeLorsque cette capacité d’émerveillement nous semble impossible, voir irrémédiablement perdue, il conseille le retour au réel, à notre vraie vie, notre seul terrain de jeu. D’abord dire « oui » à la vie. « Le réel est âpre mais il est miraculeux que nous existions. Je ne vis pas tant par courage que par gratitude. J’aurai pu ne pas être mais j’existe. » La gratitude c’est vivre dans la réalité, c’est dépasser la colère. C’est dans la gratitude que l’on est capable de faire taire la vengeance que nous voudrions prendre sur l’existence. Nous avons tous la capacité de dépasser le malheur. Ce qui fait souffrir c’est de refuser, dès que l’on accepte de plonger dans l’expérience même terrible on voit des miracles arriver. Mon père m’a fait un immense cadeau à travers sa maladie et son départ. Grâce à lui j’ai pu dire du plus profond de mon être : La mort, ma partenaire de vie !

Alors vivons pleinement et choisissons la gratitude quoi qu’il arrive !

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