« Chacun est mis au monde avant d’avoir pu choisir ou décider quoi que ce soit. On reçoit la vie sans l’avoir demandée. » Face à ce constat Martin Steffens, 36 ans philosophe et chrétien nous propose dans son « Petit traité de la joie » une approche philosophique et existentielle autour de ce défi : consentir à la vie au lieu de la subir….

Quelle est sa vision de la gratitude ? 

« Le consentement à l’existence, quand il prend la forme du merci, a la vertu de révéler la vie comme don gratuit. Chose étrange : la gratitude semble précéder la réception du don.

Mais c’est là ce que nous constatons dans la vie de tous les jours : l’enfant qu’on dit « gâté », voire, comme si le mot ne suffisait pas, « pourri gâté », est perpétuellement insatisfait non parce qu’on ne lui offre aucun cadeau mais parce que, comblé avant tout manque, il n’en reçoit aucun. On a « gâté » en lui ce qui est le plus précieux, ce sans quoi plus rien ne sera dit « précieux » : sa faculté de recevoir. On a condamné cet enfant à l’ingratitude.

La gratitude seule permet de recevoir : tant que le merci ne fut pas dit, la vie est ou bien un fardeau, ou bien un dû. En tout cas quelque chose dont la saveur nous échappe. Mais une fois que ce oui gorgé de gratitude est prononcé, il permet que se manifeste celui qui, pour que son don soit parfait, ne se serait pas manifesté de lui-même : le donateur.

« Seul le donataire peut donner au donateur d’être donateur » écrit Jean-Louis Chrétien dans L’Arche de la parole. Ce qui signifie, pour ce qui nous concerne : seul un oui adressé à sa vie dans l’instant d’une action de grâces donne à Dieu de se révéler comme donateur. L’homme a ce terrible pouvoir de ne pas refléter une lumière qui pourtant se donne. Dieu, de son côté, a cette sublime faiblesse de donner sans contraindre.

On ne réfléchit peut-être plus assez sur ce petit fait que Marie a donné à l’Ange son consentement : Dieu a suspendu le plan de sa manifestation au petit oui d’une jeune femme pauvre. Comme l’écrit saint Hilaire de Poitiers : « Dieu, qui nous a créé sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. » Telle est la poésie du Magnificat : au retrait de Dieu, qui n’impose rien, répond le retrait de la créature, qui consent à ce qui se propose à elle. De la même manière, tandis que le donateur s’absente après le don pour que celui-ci soit parfait, l’homme qui remercie refuse de se replier sur la jouissance de ce qui lui appartient désormais et, accusant réception là où d’autres consomment avidement, se retire par l’action de grâces afin qu’en toute chose soit loué, et par là manifesté, l’amour du donateur. »

Extrait du  Petit traité de la joie aux éditions Salvator, 2011

Pour aller plus loin un bel article le bonheur d’êtreà lire ici, où Martin Steffens cite de nombreux philosophes qui se posent la question du sens de la vie…

Est-ce que ça vous éclaire ? Soleil au coeur !