Faire mémoire

En France ce 11 novembre 2013 a une dimension toute particulière. Car l’année 2014 marquera un double anniversaire : les 70 ans de la Libération et le déclenchement de la première guerre mondiale, il y a 100 ans. Alors,  je voudrais vous parler de la force du pardon.

Ce que j’ai fait pour moi aujourd’hui c’est remercier Dieu pour la force de son Amour inconditionnel et pour la force du Pardon. Ce que j’ai fait pour les autres, c’est vous offrir cet article intime et difficile à écrire.

Quand j’entends « La crise est terrible, le chômage, les taxes, la crise financière, c’est normal qu’on s’en sorte pas ! » Soit je change de sujet… pour ne pas perdre ma précieuse énergie si je sens que la personne ne souhaite entendre que du négatif.  Soit je réponds que c’est une chance – alors que je manque de boulot – car je vois autour de moi un monde qui tente d’être plus solidaire, et plus collaboratif et je sais que j’y trouve ma place aussi. Et une belle discussion nait !

Mais en ce jour, lourd et beau à la fois, où l’on se souvient de tous ceux qui ont donné leurs vies pour que nous soyons dans un pays libre, je dirais:

 « Ecoute ma grand mère était petite fille pendant la 1ère guerre mondiale, jeune mariée au début de la 2ème, elle a perdu 2 enfants sur 3, son mari a été déporté, puis est reparti de zéro après la guerre pour monter son commerce, et elle m’a toujours dit « on y est arrivés et la vie est belle  » ! Elle a su tirer de toutes leurs souffrances, de toute la tragédie de l’histoire un surcroit d’amour et de force ! Alors si j’avais à choisir, je crois que je préfère de loin la période difficile que nous traversons ! »

 

Amour & Pardon pour vivre en paix

Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais juste une étape cruciale. Mon petit frère de 2 ans mon cadet est mort accidentellement alors que j’avais tout juste 18 ans. On s’adorait… Mon père n’a pas supporté et est tombé malade…. Puis la lente dégringolade pour moi qui vivait échec sur échec dans mes études, dans ma vie sentimentale… Plus la force de me battre, trop de douleurs… Ma grand mère toujours m’accueillait sans me juger, sans me donner de conseils pour que je retrouve cette force intérieure à mon rythme comme elle avait su le faire aussi dans sa vie ! Elle croyait en moi pour moi et sa présence aimante suffisait…

Puis par étapes et grâce à de belles rencontres, à la prière, à l’accompagnement, j’ai pu retrouver la force de vivre et de donner à mon tour mes talents, mon écoute, sans jugement.  Amour & Pardon sont les deux piliers qui m’ont permis de me relever.

Une étape cruciale dans ma reconstruction

Le jour où je suis allée voir mon père pour lui dire que je l’acceptais tel qu’il était et que je lui pardonnais ses manques d’amour, ses enfermements, ses colères, j’ai fait un pas de géant ! Car s’il m’avait blessée c’est que lui même, en proie à ses démons intérieurs, était un enfant de la guerre (la seconde) et un grand blessé de la vie. Et grâce à ce geste, je crois qu’il est en paix aujourd’hui, car des années plus tard, il a su me demander pardon à son tour…

Notre champ de bataille intérieur

Avez vous pris conscience de la lutte incessante qui a lieu en nous ? Nous nous battons intérieurement entre les soldats de la lumière et les soldats de l’ombre. La paix peut s’envisager si j’accepte de faire un travail sur moi et si j’accepte de relire mon histoire avec ses grandes douleurs et ses grandes joies.

Etty Hillesum, jeune femme juive hollandaise de 28 ans qui a trouvé du sens dans l’enfer de la déportation a écrit son journal (entre 1941 et 1943). Elle confie:

« Il faut d’abord apprendre à se pardonner ses défauts si l’on veut pardonner aux autres. C’est peut-être l’un des apprentissages les plus difficiles pour un être humain, je le constate bien souvent chez les autres, que celui du pardon de ses propres erreurs, de ses propres fautes. La condition première en est de pouvoir accepter, et accepter généreusement, le fait même de commettre des fautes et des erreurs. »

Aujourd’hui nous avons la chance immense de pouvoir trouver des lieux de parole, des lieux de guérisons, des lieux d’accompagnement de la souffrance intérieure. Il faut du temps pour que la paix durable revienne entre les peuples, il faut du temps aussi pour que la paix revienne en soi et c’est normal. Elle écrit encore:

« Pour humilier, il faut être deux. Celui qui humilie et celui qu’on veut humilier, mais surtout : celui qui veut bien se laisser humilier. Si ce dernier fait défaut, en d’autres termes si la partie passive est immunisée contre toute forme d’humiliation, les humiliations infligées s’évanouissent en fumée…. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette peine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? C’est pourtant la seule solution. »

Je ne suis plus l’ombre de moi même quand j’ai réussi à me pardonner et à pardonner.

Soleil au coeur et à demain