J’ai passé une trentaine d’années à courir après un idéal inatteignable. Avoir le plus d’amis possibles, le plus d’activités possibles, le plus d’intérêts possibles, avoir de la répartie, être “cool”, toujours au top, toujours le meilleur. Jusqu’à ce que je comprenne comme une réalité cruelle que j’en oubliais de profiter de l’instant présent, et que j’en oubliais d’être moi. Que j’en oubliais de dire et de faire ce que j’aime.

Depuis tout petit j’ai été en admiration devant ces personnes pleines d’entrain, pleines d’énergie. Il semblait qu’elles étaient en permanence heureuses, qu’elles rayonnaient. Elles étaient le centre de toutes les admirations, le centre d’intérêt de la classe. Les personnes avec qui tout le monde voulait être copain. Et moi, j’aurais tellement aimé être l’une de ces personnes.

Pourtant, j’étais le petit garçon discret, que peu remarquent. Il parlait peu ce garçon. Ils’asseyait dans un coin discret de la classe, pour éviter d’avoir à participer. Il s’accrochait aux bandes d’enfants rigolards, mais restait un peu de côté. On l’appréciait pour ce qu’il était, il avait quelques très bons amis. Mais il ne s’en rendait pas compte et aurait aimé être le centre de la bande.

déclarerLes bulletins scolaires, quant à eux, indiquaient de manière irrémédiable au fil des ans : “Elève correct, mais trop discret. Devrait participer plus en classe”. En grandissant, il prit confiance en lui. Il apprit à jouer ce rôle qu’il souhaitait tellement jouer. Il devint même, pendant une courte période à l’université, le centre de la bande. Puis il devint commercial, et encore et toujours attiré vers le “toujours plus” obtint de nouvelles responsabilités. Mais à chaque fois qu’il obtenait enfin le poste convoité, il lorgnait déjà sur le poste suivant.

Et plus il avait de responsabilités, plus il devait participer à des réunions et être visible au sein de l’entreprise. Et plus il avançait dans son entreprise, plus on lui reprochait d’être trop discret.

Les bilan de fin d’années, quant à eux, indiquaient de manière irrémédiable, au fil des ans : “Effectue un excellent travail mais doit être plus visible”. Le burn-out n’était pas loin, et faillit arriver.

Le déclic:  la découverte de mon tempérament introverti.

Un jour, par hasard, atterrit un livre sur ma table de chevet : “La force des discrets – le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard”. (Susan Cain, JC Lattès, 2013). Ce fut un choc.

L’évidence sautait aux yeux : j’avais vécu trente ans à essayer de ressembler à quelqu’un que je n’étais pas. J’étais profondément introverti, et j’essayais de ressembler vainement à une personne extravertie.

prendre-du-reculL’impact fut d’autant plus puissant que je compris qu’être introverti n’était pas un défaut, mais un trait de tempérament partagé par près de la moitié de la population, trait que l’on ne pouvait pas, ou peu, influencer. Je compris que le tempérament introverti était accompagné de caractéristiques qu’il valait mieux respecter : des besoins fréquents de solitude, des besoins de rencontres riches en petits comités, des besoins de se ressourcer le plus souvent possible entre les moments de contacts sociaux. Car lorsque l’on est introverti, on est très rapidement débordé par les nombreuses stimulations du monde qui nous entoure, et notamment celles liées aux contacts humains.

Tout cela était une évidence : pourquoi j’arrivais à donner le change, à jouer à une personne très sociable, mais jamais très longtemps ? Parce que ce contact me fatiguait beaucoup plus que pour d’autres, du fait de mon tempérament introverti. Il fallait donc “simplement” apprendre à respecter ses besoins spécifiques de personne introvertie pour pouvoir fonctionner de manière efficace au jour le jour.

Lorsqu’ils passent un test de personnalité, beaucoup de gens sont surpris d’apprendre qu’ils sont plus introvertis qu’ils ne le pensent. La raison est simple : nous vivons dans un monde où le “modèle” est l’extraversion : on doit être visible, avoir de la répartie, savoir être drôle, avoir beaucoup d’amis et d’activités. Pour savoir si vous êtes plus introverti(e) que vous ne le pensez, vous pouvez faire ce petit test de personnalité introverti-extraverti.

Changer par petits pas

Ce qui fut plus dur, fut de réaliser que la vie que je m’étais créée était tout sauf idéale pour un introverti. A cette époque, je gérais une grosse équipe, qui entrait dans mon bureau comme dans un moulin à vent, et les deux tiers de mes journées passaient en réunions. Lorsque je rentrais chez moi le soir, vidé de toute énergie, mon petit garçon débordant de bonheur de me voir trouvait un zombie, allergique aux cris et aux contacts. Il fallait changer quelque chose. Je ne pouvais laisser passer ainsi les plus belles années de mes enfants.

Je décidais de mettre en pratique plusieurs de mes nouveaux enseignements : au quotidien, je changeais ma manière de fonctionner. Je m’accordais plus de pauses solitaires entre les réunions, imposais dans mon agenda au moins une journée par semaine sans réunions, et obtins une journée par semaine de télétravail. L’effet fut immédiat : je commençais à remonter la pente.

silencePar ailleurs, je continuais à découvrir ma personnalité introvertie, et essayais de mieux l’accepter au quotidien. J’essayais de ne plus m’en vouloir d’être discret, de construire sur mes qualités d’écoute, de concentration, de calme… cela faisait beaucoup de bien, et je sera éternellement reconnaissant à ce livre d’avoir à ce point changé ma vie.

Mais après quelques mois, je me rendis compte que j’étais allé trop loin pour remonter la pente aussi facilement. Les commentaires désagréables sur ma discrétion continuaient à fuser autour de moi, et malgré tous mes efforts pour m’accorder plus de temps solitaire, cela restait trop peu.

De plus, pour la première fois de ma vie, je commençais à prendre soin de moi. A réfléchir à mes propres envies. Il fut alors évident que je devais entamer un changement bien plus important dans ma vie.

Lancer un projet fou !

Le grand virage – comment tout quitter pour lancer un projet que personne ne comprend. Depuis le jour où j’ai pris cette décision, un bien-être profond s’est installé en moi, et ne me quitte plus : celui de faire ce que j’aime en aidant les autres. Ecrire, travailler de manière solitaire, réfléchir à des sujets qui me passionnent, pour aider les introvertis francophones à mieux se comprendre et à mieux respecter leur tempérament introverti.

C’est ainsi qu’est né le blog: Un monde pour les introvertis.

P1050282-e1430167225399J’avais le fol espoir d’aider d’autres personnes introverties à obtenir le déclic que j’avais eu. Et cela a marché. Je reçois maintenant presque quotidiennement des messages de remerciements de lecteurs ayant à leur tour découvert leur tempérament introverti, et recevoir ces messages est pour moi la plus grande gratification qui existe. J’ai toujours envie de remercier ces personnes qui m’écrivent, pourtant ce sont eux qui me remercient… mais je les remercie de me remercier ! Car leur remerciement me fait un bien fou. Il donne un sens tout nouveau à ma vie, celui de faire quelque chose d’utile.

Il serait hypocrite de dire que le bonheur m’habite maintenant au quotidien. Le bonheur est une chose qui se construit tous les jours, et qui menace à chaque instant de disparaître dès que l’on n’y prend garde. Mais lorsque l’on y prend garde, qu’on l’observe, que l’on s’accepte tel que l’on est et que l’on s’autorise à avoir des moments de faiblesse, et à exprimer ce que l’on aime, alors on laisse plus de place dans sa vie pour que ce bonheur apparaisse, un peu plus souvent.

Pourtant, je n’ai jamais été une personne qui se plaint. J’étais une personne plutôt positive, plutôt celui qui voit le vase à moitié plein qu’à moitié vide. Sans m’en rendre compte, c’était peut-être un peu ma manière d’être déjà, depuis toujours, dans la gratitude. Lorsqu’un accident arrivait, mon premier réflexe était plutôt de remercier la vie de nous avoir évité pire. Mais la gratitude est un terme nouveau pour moi. Elle prend de plus en plus de place dans ma vie, se collant à mon quotidien pour amplifier mon attitude positive le plus souvent possible.

Parfois, les idées négatives reprennent le pas. Lorsque l’on est entrepreneur, que l’on crée, l’on a sans cesse peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir les résultats attendus, que notre dernier article ne soit pas apprécié… Etre dans une attitude positive est un combat de tous les jours. Mais lorsque l’on crée ce que l’on aime, et que l’on sent que l’on a un impact positif sur la vie des autres, cela crée presque automatiquement de la gratitude au quotidien. Chaque remerciement reçu crée un cercle vertueux de gratitude.

Si vous aussi vous souhaitez apprendre à devenir fier(e) d’être introverti(e), je serai heureux de vous accueillir chez moi : Un monde pour les introvertis.

Un grand merci à Julien, que vous inspire son témoignage ?