J’ai 33 ans aujourd’hui et suis tétraplégique depuis bientôt dix ans. J’avais une vie plutôt ordinaire lorsqu’un accident de la route a changé ma vie de manière définitive. Le premier jour, même si j’ai très vite compris mon état, le choc a été brutal puisqu’on m’annonçât que je ne respirerais plus jamais seule, que je ne mangerais plus seule, que je ne marcherais plus, ne danserais plus, ne chanterais plus… Etant une jeune fille très dynamique et très autonome, il m’a été très difficile d’accuser le coup.

Dans un tel cas, peu de choix s’offrent à vous : soit vous mettez fin à vos jours (bon courage, vous n’avez plus de mobilité !), soit vous suivez les protocoles et plongez lentement et profondément dans la dépression (choix le plus facile), soit vous vous battez sans relâche. J’ai choisi cette dernière option. Vous savez, lorsqu’on vous parle d’acceptation du handicap, eh bien moi, j’ai refusé d’accepter, et cela m’a sauvé la vie.

A mes débuts à l’hôpital puis en centre de rééducation, je prenais environ vingt-six médicaments par jour sans savoir vraiment pourquoi. On m’expliqua aussi le processus de deuil : le déni, la colère, la dépression, puis l’acceptation. Processus qui ne s’appliqua à aucun moment à mon cas puisque je ne suis passé par aucune de ces phases. Tout d’abord, le déni était impossible car j’ai de suite compris ce qui m’arrivait. J’ai simplement refusé d’arrêter de me battre puisque ma moelle épinière n’était pas sectionnée.

citations-isabelleConcernant la dépression, je pense avoir passé des profonds moments de désespoir, de solitude et de déprime, mais je ne suis jamais vraiment tombé dans la dépression car je m’y suis refusé : c’était trop facile selon moi.

Et enfin, concernant l’acceptation, je trouve ce terme totalement inapproprié lorsqu’on parle à une personne handicapée. Personne ne peut accepter un tel constat, un état de dépendance totale à vie, et se dire que sa vie est géniale. Je suis même intimement persuadée qu’il ne faut pas accepter. Il existe quelque chose de naturel et magnifique chez l’Homme : l’instinct de survie. Et j’ai commencé à récupérer certaines fonctions : j’ai respiré seule, la sensibilité profonde est réapparue, je bougeais des orteils, deux doigts, les épaules, etc.. J’ai donc commencé sérieusement à douter du diagnostic des médecins. Ils se trompaient sur le processus de deuil, sur ma récupération improbable … je me suis donc posé des questions sur ma prise massive de médicaments. Et le plus dur de mes combats commence là.

Au vu des effets secondaires inquiétants que ces comprimés avaient sur moi : pertes de mémoire, absences, caries, fatigue chronique, etc, j’ai décidé, au jour de ma sortie du centre de rééducation, de tout arrêter. Cela m’a valu des disputes avec différents médecins qui me soutenaient que je mettais ainsi ma santé en danger. Pourtant, j’ai tout stoppé et devinez ce qui s’est passé… rien. Les effets secondaires ont simplement disparu, même si cela a pris trois années de désintoxication, mais je me suis rendu compte que je prenais vingt six médicaments par jour depuis deux ans pour rien.

En réalité, mes médecins ont suivi un protocole sans même adapter à ma personne, sans vérifier que je nécessitais bien la prise de ces médicaments. Ils n’ont juste pas pris en compte le fait que j’étais un être humain avant d’être tétraplégique et qu’un être humain est différent d’un autre, il est unique, ce n’est pas un robot.

Aujourd’hui, je mange seule, je respire seule, j’écris, je tape à l’ordinateur, je fais à manger, je me déplace avec mon fauteuil manuel, seule, je marche même en déambulateur deux fois par semaine car je continue mon combat.

Ce que j’essaie ici d’expliquer, ce n’est certainement pas qu’il ne faut pas prendre de médicaments ou ne pas écouter les médecins. C’est simplement que nous sommes responsables de nos vies. Personne ne peut vivre votre vie à votre place. Je dis toujours qu’il est plus facile de déprimer que de se battre parce que se battre demande du courage, de l’énergie, alors que déprimer revient simplement à se laisser aller.

chansons-préféréesOr, chacun de nous a la ressource nécessaire pour le courage et la persévérance, ça n’est qu’une question de volonté. Si vous vous battez, sans relâche, tôt ou tard, vous gagnerez. Rien n’est impossible à qui sait persévérer et se battre contre le négatif. A ceux qui luttent contre un handicap ou une maladie, la solution est en vous : souriez et n’acceptez pas, continuez votre vie comme si votre mal n’existait pas, c’est ça se battre.

J’ai moi-même des moments de doute, de tristesse, de désespoir, et c’est naturel puisque mon cerveau fonctionne. Ce serait hypocrite et irréaliste de ma part de dire que ma vie est un conte de fée mais peu importe, j’essaie de faire de ma vie un moment aussi agréable que possible. Dans ces cas, « j’hiberne » quelques temps puis je décide de reprendre ma vie en main, de positiver puisque, oui, dans la vie, on a tous quelque chose de positif que l’on refuse de voir parce qu’on trouve cela normal.

Apprenez à avoir de la gratitude pour ce que vous avez et pour ceux qui vous entourent sans condition. Par exemple, on estime normal que notre conjoint nous accompagne tous les jours alors que c’est une chance ! On compte chaque jour sur notre famille ou sur nos proches qui nous soutiennent ou nous supportent sans aucune condition, juste par amour. N’est-ce-pas une chance ? On pourrait aussi être seul !

Je m’estime chanceuse car j’ai un homme qui m’aime et me soutient, mes parents sont toujours là pour moi, et tout le monde s’entend bien. J’ai beaucoup de gratitude pour mon conjoint qui est un grand costaud, bourré d’humour, d’optimisme et de courage. Nous voyageons dès que l’occasion se présente, c’est difficile mais on trouve toujours des solutions car nous sommes tous deux déterminés. J’ai de la gratitude simplement parce que mon état pourrait et devrait être pire. Ou simplement lorsqu’il fait beau, j’apprécie ce moment de luminosité et de chaleur, j’entends les oiseaux, je respire le parfum des arbres ; cela ne suffit-il pas à passer un bon moment ?

IMG_2643Est-ce-que le bonheur n’est pas simplement une série de bons moments que l’on s’est autorisé à vivre ? Accepter de vivre des bons moments m’a permis de voyager, de progresser, d’écrire un livre, des articles, animer des conférences, monter sur scène et chanter, plus fort et mieux qu’avant.

Un immense merci à Isabelle ! Vous pouvez retrouver son livre en allant sur ce lien : Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible !

Que vous inspire le partage d’Isabelle ?

Moi des bouffées de gratitude pour la Vie !