A l’image de cet arbre qui donne force et sérénité intérieure, Benoîte est de plus en plus ancrée entre ciel et terre. Cette « photographe en mouvement » évolue avec grâce et détermination depuis plus de 15 ans dans un milieu en pleine mutation. Benoîte a depuis sa sortie de l’Ecole Nationale Louis Lumière travaillé dans le domaine du spectacle vivant. Tout d’abord en photographiant des spectacles de théâtre puis de danse. En indépendant d’abord, puis en se rattachant à différentes agences de presse. Elle est finalement de nouveau en free-lance avec la fin d’une collaboration en agence….. elle voit dans cette rupture une opportunité pour affiner son art. Voici ses conseils pour tous ceux qui osent créer un métier sur mesure.

Tester et avancer

J’ai eu l’intuition que j’allais me sentir bien dans le domaine culturel. J’ai un attrait pour le beau et l’harmonie, j’aime le mouvement. J’avais des retours positifs et encourageants sur les premières photos de spectacles et ce milieu du spectacle vivant me plaisait… J’aime arrêter un mouvement et sentir la plénitude du mouvement dans l’arrêt sur image. Quand le mouvement est à son apogée, c’est le moment juste et précis pour saisir l’instant. Avant ou après cela n’aurait pas de sens. Je sens que ce n’est pas le bon moment. Il y a une différence entre les ballets classiques où j’ai un cahier des charges précis et des spectacles plus modernes. Je me demande toujours comment je peux voir le spectacle autrement que les autres photographes. Ca peut être dans la prise de vue mais aussi dans la sélection des photos. Je choisis celles où j’y mets un peu plus de moi. Je me laisse guider par ce « petit plus » que je cultive spectacle après spectacle.

Gagner en finesse

Benoite-Fanton-1Je cultive de plus en plus la concentration pour me mettre en relation avec ce que je vais photographier. Je veux montrer ce qui fait la personnalité des danseurs et pour voir ce qu’ils apportent dans le ballet. Je suis sensible à leur interprétation et si je peux je prends un temps pour discuter avec certains danseurs. Quand c’est le cas je rentre plus facilement dans leur univers, je gagne en finesse quand je photographie le spectacle. Je gagne en perception de ce que je vois. Si je connais leur énergie et leurs intentions cela me permet de voir mieux.

C’est comme si j’avais des clés, que j’ouvrais plus facilement le dictionnaire des émotions. Autrement je me laisse porter par le spectacle. Je ne suis plus dans une objectivité du spectacle c’est à dire faire des photos journalistiques. On m’a conseillé d’aller dans ma vision du spectacle pour faire la différence avec les autres photographes. C’est subtil de faire la part des choses entre le spectacle en tant que tel et ce que j’apporte.

Echange d’énergie

Mon corps est aussi important que le leur, je suis plus statique mais vivante. Pour me préparer voici un exercice que je peux vous partager. Je fais monter monter l’énergie dans la colonne vertébrale je visualise l’air qui monte du sacrum jusqu’à la tête. Je fais monter l’inspiration jusqu’à la tête et dans l’expiration je redescends mentalement jusque dans les pieds. C’est important pour moi de sentir mes racines et la terre pour bien m’ancrer. J’ai longtemps été dans une sorte de calme pour retrouver l’énergie  mais j’ai découvert que je pouvais la stimuler. En mettant de la musique en créant du mouvement et par le mouvement je retrouve de l’énergie.

Je peux être fatiguée avant d’aller faire un shooting et je sais qu’il y a plein de moyens de faire revenir l’énergie dans son corps. Lorsque je vais photographier un spectacle il y a un échange d’énergie et cela me recharge. Je me sens à ma juste place et tout est fluide. Cette danse des corps est un motif de gratitude qui se renouvelle sans cesse. Ma mission est d’avoir saisi ce « meilleur » de ce que je vois donc j’ai du mal à émettre une critique lorsque l’on me demande un retour sur les spectacles car tout ne dépend pas d’eux. Il y a la mise en scène, la lumière, le lieu…

Gratitude d’avoir lâché le mental

Benoite-Fanton-3Je sais que je suis dans la bonne direction et je suis pleine de gratitude quand les danseurs me disent que je suis vraiment rentrée dans leur univers. Gratitude quand je suis dans l’instant présent et dans le ressenti total de ce qui se passe sur scène. Il y a un accord entre l’oeil, le coeur et l’index qui appuie sur le déclencheur de l’appareil photo. C’est un lâcher prise, le mental ne contrôle plus, ça passe par le corps et les émotions et je me sens en osmose avec les danseurs.

Il y a un subtil équilibre entre la technique et moi. C’est en me sentant humble et comme toute neuve devant un spectacle que je fais les plus belles photos. Quand je suis trop sûre que je vais faire de bonnes photos je rate des moments, cela m’invite à être davantage dans l’accueil de ce que je vois. Pour moi c’est également une danse entre ce que les danseurs m’offrent et ce que je suis capable de capter par la photo.

Etre femme et photographe

Travailler dans un univers d’hommes m’a toujours attiré pour faire valoir ma féminité.. Dans un stage au Figaro à 18 ans, seule femme je me suis sentie chouchoutée. je prends de plus en plus ma place. Je suis ne suis plus un numéro parmi d’autres parce que je prends le temps de réfléchir à ce que je veux montrer du spectacle.

Apporter de la valeur ajoutée que j’assume en tant que femme et photographe. Je me donne le droit d’apporter ma sensibilité et de la fraicheur. C’est pour cela que l’on va faire de plus en plus appel à moi. Plus je suis moi même dans la confiance, plus je rayonne et j’apporte ma valeur. En travaillant une juste estime de moi je travaille mieux et je prends ma place sans craindre le jugement des autres. Pendant longtemps je me cachais derrière mon appareil photo, aujourd’hui je fais en sorte d’exister avec lui.

Qu’est ce qui te met le plus dans la gratitude ?

Benoite-Fanton-2D’avoir un retour positif sur mes photos. Quand on me dit que j’ai su capter ce petit quelque chose qui fait toute la différence je suis pleine de gratitude ! Tout arrive au bon moment ! Depuis que je travaille de nouveau en indépendante et non plus dans une structure, je prends le temps. Le temps de réfléchir à ce que je fais, ce que je veux, avec qui je veux travailler. Cela a été douloureux au départ de devoir quitter la stabilité d’une équipe, mais j’en ressors grandie, avec une plus grande liberté de travailler à ma façon, à mon rythme..

Un grand merci à Benoîte pour ce magnifique partage !

Son site à découvrir sans plus tarder  en cliquant ici : Benoite Fanton

Les photos illustrant l’article…
La 1ère: « Together alone » de Benjamin Millepied, avec Aurélie Dupont et Hervé Moreau, à l’opéra Garnier.
La 2ème : « Le lac des cygnes » de Ibrahim Sissoko, avec François Lamargot en premier plan.

La 3ème: « Le chant de la terre » de John Neumeier, avec Laëtita Pujol et Mathieu Ganio, à l’Opéra Garnier.

Qu’avez vous appris pour vous mettre en mouvement ?